
A peine l’affiche du film découverte, je me suis instantanément dit que j’irai voir « Boy A ». Un jeune homme, capuche rabattue sur la tête, semble à la fois se cacher et défier la société. En apparence, rien ne transparaît, si ce n’est un certain malaise et un malaise certain, les deux à la fois. Je me suis alors juste demandé de quoi pouvait bien traiter ce film.
Je vous fais grâce d’un long suspense : Boy A est un film à thème sur la réinsertion et sur la seconde chance, dans la pure veine du cinéma social réaliste anglais à la Ken Loach. Après sa sortie de prison, un jeune homme essaie d’apprendre à vivre au sein d’une société qui lui est étrangère et qui ne veut surtout pas le connaître.
Le cœur du film amène à l’interrogation suivante : est-il vraiment possible de reprendre le cours de sa vie quand on a dérapé une fois ?
La réinsertion sociale constitue en soi un véritable défi à relever pour le prisonnier devenu soudainement libre. Il est en effet immédiatement considéré dès sa sortie de prison comme un marginal, qui a été incapable de s’insérer dans la société. Quant à l’image qu’il se renvoie de lui-même, celle-ci reste marquée du sceau de ses souvenirs, de ses angoisses intérieures, de son passé, que les flash-back du film n’ont de cesse de mettre en exergue.
Pour oublier son lourd passé et recommencer à vivre dans le présent, Jack est amené à se recréer de toute pièce une nouvelle identité à travers un personnage qu’il s’efforce d’interpréter pour construire progressivement sa « nouvelle » vie. Si le mensonge sur sa personne lui permet progressivement de s’intégrer et de développer de vrais liens d’amour et d’amitié, c’est aux dépens de la construction de son véritable être. A défaut d’assumer son erreur de jeunesse, en la reconnaissant et en mesurant ses conséquences (ce qu’il n’aurait pas pu faire plus jeune étant à l’époque trop influençable), il est progressivement conduit à se renier lui-même pour mieux s’insérer dans la « vie normale ».
Mais est-ce vraiment réaliste de baser sa nouvelle vie sur un mensonge qui risque trop ou tard d’être découvert ?
C’est en cherchant, à travers ce subterfuge, à se forger ses propres repères indispensables à sa vie sociale que Jack sera finalement rattrapé par Boy A – son pseudonyme judiciaire - et par la lame de fond de la réalité, si violente après avoir été si profondément enfouie, qu’elle le conduira irrémédiablement à l’écrasement et à l’isolement.
Le constat qui ressort de ce film – qui joue également sur l’émotion, même si mon propos se limite ici à son aspect purement thématique – est qu’il avère encore très difficile aujourd’hui dans notre société d’être différent, de s’assumer comme tel et de réussir malgré tout à s’adapter… et au mieux à s’intégrer.
+ Yake +
Mots-clefs : Andrew Garfield, Boy A, John Crowley, prison, réinsertion, seconde chance