Une journée sans fin

Il y a des jours comme ça qui ne commencent jamais vraiment et qui ne se terminent jamais vraiment non plus…

Des jours de plein soleil souvent, où la tête est restée dans les nuages.

 

Le rappel à la réalité se fait néanmoins pressant, pour les petits êtres aspirés par le boulot que nous sommes. Dans ces situations, ma réaction est automatique : je traite les affaires courantes de façon détachée, sans une once de concentration, pas même pendant quelques courtes minutes. Je cherche une échappatoire, un moyen de m’extirper le plus efficacement possible de toutes ces pesanteurs qui m’étouffent et me contraignent. Un besoin irrépressible de fuir, m’isoler, me taire, ne pas répondre, ignorer, et défier une quelconque autorité, un tant soit peu hiérarchique, qui aurait décidé d’en rajouter, finit par me repousser définitivement dans ma prison mentale.

 

Là, les idées fusent, un peu trop. Pour me reconnecter et refaire le lien avec les choses bien réelles, il me faudrait un véritable électrochoc. Alors à défaut, en surface tout doit paraître « normal » : lisse, sans accroc ni mot de trop, rien ne doit dépasser. J’essaie donc tant bien que mal de résister, de me tenir toujours bien droite, de saisir le sens des paroles qui me sont adressées…dont je me fous éperdument et que je désire oublier au plus vite.

 

Bref, si l’on m’avait dit à l’adolescence que des années plus tard, ce type de réactions systématiques de rébellion et de rejet en bloc d’exigences à mon égard et d’une certaine configuration des rapport de forces perdurerait à l’âge adulte, je me serais blindée et j’aurais fait d’autres choix, sûrement plus radicaux, au vu du besoin impérieux d’indépendance et de liberté qui semble bien, en définitive, me caractériser.

 

Seulement, on pense toujours pouvoir changer, s’adapter un minimum à un style de vie « bien sous tout rapport». Force est de constater que ce n’est pas si facile…faire du zèle n’est pas l’apanage de n’importe quel quidam, savoir rabattre les cartes en sa faveur non plus.

Si notre choix de vie ne consiste pas à se satisfaire d’une existence confortable et sans surprise, ni d’ailleurs d’une existence calquée sur un quelconque « modèle »…même des plus underground, alors l’accepter et compenser les aléas dus aux décalages vécus par rapport aux normes et aux systèmes de valeurs intégrées par la plupart des personnes m’apparaît comme la seule solution acceptable.

 

Le chemin est long, la route semée d’embûches, mais la liberté d’être soi - sans aucun compromis - n’a pas d’égal.

 +Yake+

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